« Instruis l’enfant dès sa jeunesse sur la voie qu’il doit suivre ; quand même il aurait pris de l’âge il
ne s’en écartera point. »
Proverbes 22,6

Rober Mazel, le trésorier du Bercail revient d’un voyage au Centrafrique. L’objectif de ce séjour était de faire un bilan de la formation des enfants du Bercail. Voici son compte rendu :

La formation des jeunes à Bangui :

Flora a terminé sa formation d’aide-soignante. Elle doit faire un stage avant de rechercher un emploi mais elle semble avoir d’autres objectifs pour le moment.

Amos a lui aussi terminé une formation en mécanique. Il est maintenant en recherche d’emploi. Aux dernières nouvelles, il est allé à Carno.

Nous avons refusé le redoublement d’Épiphanie, Damaris, Régis et Bellarmin car la formation au C.P.J. ne correspond pas aux besoins de ces jeunes très en retard sur le plan scolaire. Ces jeunes pensent qu’avec le bac ils trouveront un emploi. Mais à 17 et 18 ans ils sont encore en cinquième et quatrième. Il reste donc trop d’années d’études jusqu’au baccalauréat. Or lorsqu’une ONG recherche un employé, elle ne cherche pas à savoir s’il a le bac mais quelles sont ses compétences ; et si celles-ci correspondent à ce qu’elle recherche, il aura toutes les chances d’être embauché.

Épiphanie et Damaris : Toutes les deux ont accepté l’inscription dans une école d’aide-soignante et, un mois après, se disent satisfaites de cette formation.

Régis a demandé à faire une formation de mécanique dans une école privée. Nous l’y avons inscrit et il semble satisfait. Cette école étant éloignée du logement, nous lui avons donc acheté un vélo pour ses déplacements.

Bellarmin souhaite faire une formation en informatique (bureautique) à l’Alliance Française. Son niveau de français n’étant pas suffisant, l’Alliance Française lui a proposé des cours de français qui ont commencé depuis quelques jours.

Ézéchiel n’ayant pas redoublé, continue sa formation au C.P.J. Mais il lui faudrait obtenir des résultats exceptionnels pour justifier une suite dans ses études, car à 18 ans, il ne passe qu’en cinquième.

 

Formation des jeunes à Batangafo :

Nous avons retiré Cendrine, Charlotte et Jeannette de l’école.

Que peuvent-elles faire à 18 ans en CE2 ou CM1 dans des classes de plus de 100 élèves ? Elles souhaitent « travailler », ce qui sous-entend devenir employées de maison.

Effectivement, avec une petite formation sur place, elles peuvent prétendre à un emploi dans une ONG à Batangafo. Cependant leur niveau en français est très faible.

Nous avons chargé M. Tite Benam de leur apprendre à parler français et effectuer des calculs à partir de leur petit commerce de soupe ou de pain qu’elles fabriquent. Dans quelques temps, si les progrès en français sont bons, nous pourrons envisager un stage découverte à l’hôpital avec pour objectif la formation d’aide-soignante. Ces 3 filles ont été accueillies au Bercail avec un bébé après le décès de leur mère en couche, et depuis quatre ans elles assurent le maternage de leur petit frère ou petite sœur.

Davila, Grace, Amélie et Sophonie vont à l’école et sont accompagnées l’après-midi par M. Tite Benam, avec d’autres enfants d’employés, avec pour objectif de leur apprendre à parler français.

Moise, Caleb, Mardochée, Frank, Armel et Joëlla apprennent la lecture. Ce groupe est animé par Suzanne et grâce à ses efforts les progrès sont réels.

Ils vont également à l’école publique mais que peuvent-ils apprendre dans des classes de plus de 100 élèves ?

Une classe de maternelle animée par Suzanne et Mélodie initie les plus petits et leur propose une formation adaptée à leur âge qui les prépare à l’apprentissage du français et de la lecture.

Avec Suzanne Tite et Mélodie, nous avons une équipe d’enseignants capable d’accompagner petits et grands à devenir adulte.

Les évènements :

Selon les dernières nouvelles reçues directement par David, il semble que l’Église prenne sérieusement en compte la situation présente. Avec l’aide du pasteur Noël, des temps de jeûne ont été organisés ces derniers mois. Il y a un travail très profond qui se fait dans les cœurs et beaucoup se tournent vers Dieu, crient à lui pour avoir du secours. Nous ne pouvons pas vraiment comprendre les souffrances que traverse cette population tant elles sont profondes. Malgré tout cela, l’esprit de Dieu se manifeste parmi ces hommes et ces femmes. Un groupe de musulmans participe à cette recherche de la face de Dieu et nous attendons de grandes choses de la part du Seigneur.

Le 31 octobre, un incendie, probablement criminel, a détruit un camp de déplacés. 6 000 habitations ont été détruites : des huttes faites de branchages recouverts d’une bâche, et 15 000 à 20 000 personnes ont perdu leur habitation et tous leurs maigres biens. Quatre de nos employés ont tout perdu. Nous leur avons proposé de loger au Bercail avec leur famille en attendant de trouver une solution et nous leur avons promis une aide financière.

À la suite de ces événements, une rencontre entre quatre ministres et les autorités locales a eu lieu dans les locaux que nous avons loués à l’O.N.U. Nous n’avons bien sûr pas été informés des décisions prises ; la population a simplement été informée du fait que les consignes de tir données aux Casques Bleus pakistanais avaient changées ; et personne n’a osé tester lesdites nouvelles consignes !

 

La sécurité :

Par suite des évènements, les Casques Bleus pakistanais ont reçu des renforts. Ceux-ci logent au Bercail et ont construit des abris et mis en place des sentinelles armées ; ce qui fait ressembler le Bercail à une caserne !

La cohabitation entre les enfants et les militaires se passe dans de bonnes conditions. Cette présence assure pour le moment notre sécurité, cependant nous pouvons craindre d’être perçus comme complices des musulmans ; ce qui pourrait nous poser des problèmes à l’avenir.

Plus que les groupes armés, c’est la sécurité au quotidien qui pose des problèmes : des liquides brûlants circulent parmi les enfants, des installations électriques sont bricolées de façons invraisemblables, des gens circulent à moto sans chaussures, sans casque et à trois ou plus sur la moto… Tout cela a occasionné des accidents qui auraient pu être évités.

 

Les équipements :

Le jour de mon départ, le 15 novembre, il y avait sur la station du Bercail :

– Une école, dans des locaux que nous avons mis à la disposition de l’éducation nationale, avec 6 classes et plus de 800 élèves.

– O.C.H.A. : une organisation de l’O.N.U. à qui nous avons loué des locaux.

– Une section de Casques Bleus pakistanais dans un local que nous avons mis à leur disposition.

– Une ONG Solidarité Internationale qui a loué un local et qui doit distribuer des kits de survie, bâches, nattes, le nécessaire de 4 cuisines aux populations sinistrées.

– Word Vision : une ONG à qui nous avons loué un bâtiment et qui organise des distributions pour le compte d’autres intervenants.

– Plusieurs centaines de déplacés qui ont provisoirement trouvé refuge au Bercail.

– Bien sûr les enfants et adultes de l’orphelinat.

Tout cela fait beaucoup de monde et génère d’importants besoins en eau, sanitaires et électricité.

Nos équipements ne sont pas conçus pour une utilisation aussi intensive. Sylvain et Dieudonné font ce qu’ils peuvent pour assurer un minimum de fonctionnement.

 

Conclusion :

Pour conclure, nous dirons que cette visite pleine d’imprévus a permis de faire évoluer la formation des enfants. Nous remercions tous ceux qui participent à cette formation et plus particulièrement Suzanne, Mélodie, Tite et Noël

Robert Mazel Trésorier de l’Association Le Bercail
Chargé de mission et d’évaluation. 29 Novembre 2018

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